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Livraison, plateformes et IA : comment Colissimo tient la route face aux mutations du e-commerce ?

Publié le : 25/06/2026
Livraison, plateformes et IA : comment Colissimo tient la route face aux mutations du e-commerce ?

L'Agora en Bref

Colissimo est un nom que connaissent bien les e-commerçants. Leader de la livraison aux particuliers en France, l'entreprise accompagne le commerce en ligne depuis ses tout premiers colis — bien avant qu'on appelle ça "e-commerce". Trente ans plus tard, les mutations s'accélèrent : montée en puissance des plateformes asiatiques, internalisation logistique d'Amazon, commerce agentique, décarbonation... Laurent Ménager, Directeur de la Stratégie, de l'Innovation et de la Transformation chez Colissimo, nous livre sa lecture sans concession d'un marché en pleine recomposition.
  • Que pèsent vraiment les grandes plateformes sur l'avenir de la livraison en France ?
  • Livraison à domicile ou hors domicile : laquelle est réellement la plus vertueuse ?
  • Comment un acteur historique comme Colissimo intègre l'IA dans ses opérations sans se perdre en route ?

Avec Colissimo

Laurent Ménager

Colissimo : 30 ans au cœur du e-commerce français

L’histoire de Colissimo est indissociable de celle du commerce en ligne en France. Fondée en 1994, l’entreprise était déjà présente quand le premier colis e-commerce a été livré — un CD de Sting, selon Laurent Ménager. À l’époque, les clients s’appelaient la VPC : ces acteurs de la vente par correspondance, surtout implantés dans le nord de la France, qui allaient devenir l’antichambre du e-commerce.

Trente ans plus tard, Colissimo est un acteur dont le poids est difficilement contestable : plus de 40 % de part de marché sur le segment de la livraison aux particuliers, 4 200 collaborateurs au sein de la BU auxquels s’ajoutent 65 000 facteurs qui desservent quotidiennement les foyers français, et une promesse de livraison qui s’est accélérée — passant d’un modèle historique en 48h à un réseau de plus en plus orienté 24/48h. En 2025, 42 % des colis Colissimo sont déjà livrés en J+1.

Ce qu’il faut retenir, c’est aussi le contexte dans lequel cette performance s’inscrit : le e-commerce arrive en troisième rang des transformations les plus significatives pour les Français, juste derrière l’internet haut débit et le smartphone. Et si on devait refaire ce classement aujourd’hui, l’IA y figurerait certainement. Le marché n’a pas fini d’évoluer.

Un marché sous tension : plateformes, internalisation et commerce agentique

Le marché des colis e-commerce a doublé en dix ans. Il représente aujourd’hui 1,7 milliard de colis en France — hors alimentaire. Et le taux de pénétration du e-commerce hexagonal plafonne encore à 15 %, très loin du Royaume-Uni (42 %) ou de l’Allemagne (30 %). L’espace de croissance existe. Mais il se joue sur un terrain que Laurent Ménager décrit avec précision.

La concentration des volumes autour des grandes plateformes est le fait structurant du marché. Amazon, bien installé. Les acteurs asiatiques, désormais une réalité plus qu’une émergence. Colissimo estime qu’à horizon 2030, plus d’un colis sur deux provendra de ces deux sources combinées. Ce qui engendre mécaniquement une autre tendance : la volonté de ces acteurs de remonter la chaîne de valeur — autrement dit, de faire eux-mêmes la distribution.

Amazon Logistics opère déjà environ la moitié de ses propres colis en France depuis 2015-2016. Certains acteurs chinois développent leurs propres réseaux de transport. Résultat : la croissance brute du marché (5-6 % projetés) se réduit à environ 3 % une fois déduit ce qui est « privatisé » par les plateformes. Un tiers du marché adressable pourrait basculer dans cette logique d’ici 2030.

À côté de ça, une autre transformation se dessine : le commerce agentique. Des agents IA capables d’acheter pour le compte des consommateurs, des plateformes comme ChatGPT ou Gemini qui s’approprient le parcours d’achat — TikTok Shop représente déjà 6 % du commerce en France, 7 % au Royaume-Uni. Pour Colissimo, ce n’est pas une menace abstraite : c’est un sujet qui rebat les cartes de l’acquisition, du middle market, et de la relation directe avec les e-commerçants.

Domicile vs hors domicile : démêler le vrai du faux sur l’impact carbone

C’est un débat dans lequel Laurent Ménager entre sans esquiver. On entend tout et son contraire : la livraison hors domicile serait systématiquement plus vertueuse que la livraison à domicile. La réalité est plus nuancée.

Colissimo livre aujourd’hui 15 % de ses colis en hors domicile — relais commerçants et lockers — dans un marché à 35 % sur ce segment, en forte progression. Le réseau Pick Up du groupe La Poste compte plus de 30 000 points de retrait et 6 000 consignes déployées en 2025. La dynamique est là, tirée notamment par l’économie circulaire (Vinted, Leboncoin) et la sensibilité au prix.

Mais voilà ce que les données révèlent sur l’empreinte carbone : ce qui compte, c’est ce que fait le destinataire une fois le colis déposé en relais ou en locker. Seul un client sur dix va récupérer son colis à pied ou à vélo. Les neuf autres font un détour, souvent en voiture thermique. Dans cette configuration, la livraison à domicile — où Colissimo affiche 280 grammes de CO₂ par colis livré, une empreinte divisée par deux en dix ans — s’avère souvent plus performante environnementalement que ce que communiquent certains acteurs.

C’est un argument d’autant plus solide que Colissimo a investi massivement sur la décarbonation de son dernier kilomètre : 100 % des livraisons parisiennes en faible émission depuis fin 2023 (électrique ou vélo cargo), 45 % sur les 22 grandes métropoles, plus de 14 millions de kilomètres réalisés en carburants alternatifs (-70 % d’émissions vs diesel), et un gain de 30 % de taux de chargement grâce au passage en caisses mobiles — soit 30 % de camions en moins sur les routes longue distance.

La prochaine frontière : décarboner les liaisons longue distance, là où les technologies (camion électrique, hydrogène) ne sont pas encore totalement matures.

Innovation et IA : les chantiers de demain chez Colissimo

Côté expérience client, Colissimo travaille sur deux axes concrets. D’abord, resserrer les créneaux de livraison à domicile : d’abord 2 heures, puis 1 heure, pour que le destinataire puisse planifier sa journée sans incertitude. L’IA joue ici un rôle central en apprenant les habitudes de livraison et en fiabilisant les prédictions. Ensuite, des notifications personnalisées avec le branding de l’e-commerçant — pour que la relation entre la marque et son client ne disparaisse pas derrière une livraison anonyme.

Sur le volet industriel, plusieurs innovations ont déjà été déployées. Des plateformes équipées de doubles trieurs superposés traitent 30 000 colis à l’heure. Des chantiers de petits robots autonomes prennent en charge les colis atypiques (sachets, petits formats) que les grands trieurs ne gèrent pas bien. La maintenance prédictive, alimentée par des capteurs embarqués sur les lignes de tri, permet d’anticiper les pannes avant qu’elles ne perturbent les opérations — un déploiement qui tombe à point pour la peak period.

L’IA sert aussi à lire les étiquettes défectueuses pour éviter les colis perdus, à superposer les réseaux de transport du groupe La Poste pour identifier des synergies d’optimisation (jumeau numérique), et bientôt à adresser six cas d’usage prioritaires identifiés parmi plus de cent candidats — en facturation, expérience client, portail fournisseurs, optimisation industrielle.

Le principe qui guide cette approche ? Ne pas faire de l’IA pour faire de l’IA. Partir d’un vrai besoin, élargir la communauté au-delà des équipes IT, et prioriser les cas à impact réel.

Ce que votre marque peut en retenir

L’épisode avec Laurent Ménager est une plongée dans les coulisses d’une infrastructure que beaucoup utilisent sans vraiment en comprendre la complexité. Mais au-delà de la logistique, il y a des enseignements directement applicables pour les e-commerçants.

Le rapport qualité/coût reste le premier levier. Face à la tentation d’Amazon de tout internaliser, la réponse de Colissimo est simple : être imbattable sur la qualité de service à un prix compétitif. Pour vos prestataires logistiques comme pour votre offre client, c’est le même raisonnement.

Le choix du mode de livraison est devenu un argument de marque. Les consommateurs sont sensibles à l’impact environnemental — troisième critère après le prix et la qualité. Afficher un éco-score, proposer une livraison groupée ou à créneau choisi, c’est enrichir l’expérience d’achat sans alourdir la fiche produit.

L’expérience post-achat, c’est encore votre marque. Les notifications de livraison brandées, les créneaux précis, la traçabilité : tout ce qui se passe entre la confirmation de commande et la réception du colis construit — ou détruit — la relation client. Ne laissez pas ce terrain à blanc.

Sur l’IA, commencer modestement et itérer. Identifier les bons cas d’usage, construire une communauté interne, s’assurer que la data est propre avant de l’exploiter. C’est valable pour un acteur de 4 200 collaborateurs comme pour une marque DTC qui démarre.


Le parcours de Colissimo depuis 30 ans dit une chose simple : les infrastructures du commerce ne sont pas neutres. Elles façonnent les usages, contraignent les choix et créent des avantages compétitifs durables. Laurent Ménager en est l’un des architectes les plus lucides.

Pour aller plus loin Retrouvez l’épisode complet avec Laurent Ménager, Directeur Stratégie, Innovation & Transformation chez Colissimo, sur :